Il s’appelle Alexandre Benalla, il est conseiller à l’Elysée et proche du Président Macron.

Un avis au vu des commentaires étonnants sur l’affaire Alexandre Benalla !  Sous couvert de « garder la mesure » ou de ne pas « hystériser le dossier » en appellent à la censure des médias et des réseaux sociaux avec 3 arguments principaux.
• Ce n’est pas si grave car il n’y a ni mort d’homme ni assassinat d’Etat.

L’histoire montre que le pouvoir peut faire bien pire et que l’on a déjà étouffé des choses bien plus graves.

• Il faut se taire et mettre l’affaire sous le tapis car elle ferait monter le populisme.
• Ce n’est pas une affaire importante, elle est juste exploitée par le vieux monde.
Les méchants partis traditionnels et émergents contre un président dont le seul péché est d’être jeune et volontaire. Et contre LREM (le parti des gentils qui sont censés avoir renouvelé la politique).

La preuve, c’est qu’ils sont tous prêts à s’entendre pour exploiter cette non affaire.

Or non seulement cela est faux mais la posture qu’une telle analyse implique est dangereuse pour la démocratie.
D’abord parce que sur le fond le problème est grave mais surtout, s’il prend de telles proportions, c’est avant tout par la faute du comportement d’Emmanuel Macron dans la gestion de la crise.
Un comportement où la toute puissance a pris le pas sur la lucidité et le sens du devoir et de la fonction.
Ce ne sont pas les parlementaires et les commissions d’enquête qui abîment la fonction présidentielle, mais bel et bien l’attitude du président.
Au vu des révélations qui se sont succédées, on attendait un chef d’Etat, peut-être en mauvaise posture, mais s’adressant à la Nation.

Conscient de sa faute et de sa charge !

On n’aura eu droit qu’à un chef de bande fanfaronnant devant ses troupes ! Lançant un « j’assume », ! Comme le fêtard éméché en fin de soirée qui dit « pas de problème, j’assure » quand on essaie de l’empêcher de reprendre le volant.
Mais pour vendre ce récit de vengeance du vieux monde jaloux des succès d’un jeune Prince, il faut quand même sacrément malmener les faits.

Outre qu’usurper la fonction de police est un acte grave.

Imagine-t-on une démocratie où la faveur du Prince rende le favori si puissant qu’il peut s’élever au-dessus des institutions et des lois ! Et ainsi s’arroger les fonctions des forces de l’ordre sans avoir à en assumer les devoirs ?
Imagine-t-on une démocratie où une telle faute découverte et portée à la connaissance de l’opinion, le pouvoir refuse de regarder en face le problème ? Et se tourne contre la presse et une partie de la population en les accusant de vouloir la déstabilisation du pays ?

Pourtant on en est là aujourd’hui.

Ajoutons à l’usurpation des insignes des forces de l’ordre (faute lourde et qui relève du pénal), la tentative de créer une force de sécurité personnelle détachée des institutions.

Le port d’arme et le secret défense, accordés à un homme très jeune, sans formation, ni sang-froid, ni tenue.

On peut passer sur le côté rétribution de la courtisanerie !

Appartement, salaire, voiture et autres avantages indus, ce n’est guère honorable de la part du Prince ! Et cela rappelle les pratiques du soi-disant ancien monde, mais l’air est connu et les danseurs nombreux.

En revanche, que la faveur du Château permette à n’importe qui d’imposer ses volontés en humiliant des préfets, des policiers, des gendarmes n’est pas acceptable.

C’est dans le piétinement des symboles et le renversement de la hiérarchie de la responsabilité que l’on voit l’ivresse du parvenu à qui l’on a assuré l’impunité.

Bref que le prince ait des courtisans est un attribut du pouvoir, qu’il leur donne blanc-seing pour fouler les symboles républicains est une autre affaire.

C’est hélas ce qu’a fait Emmanuel Macron avec Alexandre Benalla.

J’entends le fait qu’ici le pouvoir n’a pas commis de crimes de sang.

Que d’autres affaires ont pu secouer la République.

Mais outre que la seule ligne politique que porte Macron était liée à la moralisation de la vie politique, il ne faudrait donc contrôler le pouvoir et lui réclamer des comptes qu’en cas de crimes de sang ?

La corruption, la délinquance, la violence, les voies de faits devraient tomber sous le régime de l’excuse ?
Est-ce-que les personnes qui défendent cette ligne se rendent compte du mal qu’elles font à la démocratie.

Au nom de quoi le pouvoir d’Emmanuel Macron devrait-il être exempté d’avoir à rendre compte de ses actes ?

Quand le pouvoir n’a comme discours politique que le rejet de ceux qui l’ont précédé et la moralisation de la vie politique, la stratégie du déni qu’il met en place est délétère.

On a ainsi vu Alexandre Benalla se présenter au 20h00 en chevalier blanc, défenseur de la veuve et de l’orphelin face aux hordes gauchistes violentes et fanatisées.

Oubliant qu’il y avait là des CRS tout à fait habilités à faire ce travail de maintien de l’ordre dont nul ne conteste la légitimité.
Rares sont ceux qui, dans la presse ou la population, défendent les comportements violents et inappropriés des manifestants, mais ce n’est pas à un mercenaire, fusse t’il ami du Président, de se substituer aux forces de l’ordre.
Non seulement le problème Alexandre Benalla est réel, non seulement il parle d’une dérive grave d’un pouvoir, mais surtout il eût pu être gérable en acceptant de regarder en face la dimension symbolique de cette histoire.
Le pouvoir aurait ainsi pu faire amende honorable, en sanctionnant le principal intéressé.

Mais également ceux qui n’ont su résister aux desiderata du Prince et de son courtisan quand une de leur fonction est de rappeler au réel et à la loi (comme le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, son ministre de l’Intérieur ou le haut fonctionnaire de police qui a cru sa carrière assurée en cédant aux caprices d’une personnalité bien en cour).

Se rappelant que le poisson pourrit toujours par la tête.

L’occasion eût été propice pour en appeler à plus de vertu et de sens du devoir dans l’entourage du pouvoir.
Les sanctions contribuant à aider à revenir à des meilleures pratiques et le respect des règles se voyant renforcer par la fin des carrières de ceux qui ont voulu prendre l’ascenseur des courtisans plutôt que l’escalier du respect de la règle.
Le nouveau président aurait pu ainsi dire clairement que si le pouvoir attire ceux qui ne le voit que comme un moyen d’en abuser, il sera le garant !

Il fait en sorte que s’affranchir des règles et des lois soit lourd de conséquences pour ceux qui s’y risquent.
Il arrive que l’on faillisse dans l’exercice démocratique !

Si on ne corrige pas les erreurs et qu’on en fait même un prétexte pour attaquer les contre-pouvoirs sans jamais se remettre en cause, alors d’une faute corrigeable, on fait un système de fonctionnement.

Et là le risque pour la démocratie devient réel.

Ce qui aggrave la crise ici c’est avant tout le mépris d’Emmanuel Macron et son comportement de chef de bande !

  • Fanfaronnade devant ses troupes,
  • Mépris des Français,
  • Incapacité à tenir son homme de main,
  • Incompréhension de ses erreurs,
  • Tentative de délégitimation des indignations de la presse et de l’opinion.

Ce sont les erreurs de Macron qui ont permis de créer un front uni de tous ses adversaires.

Cette coalition n’est pas en elle-même critiquable, elle montre que nous sommes encore en démocratie.

Mais surtout le véritable argument brandi à tout bout de champs, c’est qu’il faut tout passer à Emmanuel Macron par peur du populisme, raisonnement qui fait justement monter le populisme.
Et au nom de cette fine analyse, on réclame la censure !

Que la presse « cesse d’exploiter » l’affaire Alexandre Benalla.

Là où le pouvoir ne doit plus rendre compte de rien car derrière se profile l’ombre du populisme, on demande aux Français d’être responsables à la place de ses dirigeants.
L’Elysée commet des erreurs, aux Français de les rattraper en fermant les yeux sur les dérives parce qu’il y a pire en réserve.
C’est reculer pour mieux sauter ! Car si l’affaire Alexandre Benalla se termine par

  • Le musèlement de l’opinion,
  • La délégitimation de la presse,
  • du Parlement.

Alors le sentiment que pour les élites c’est “open-bar” tandis que les citoyens doivent sauver la démocratie en acceptant n’importe quel débordement, va accélérer ce qu’une telle stratégie est censée éviter !

La crédibilisation du discours populiste.
Le pire c’est qu’elle le sera par l’exemple.

La République exemplaire d’Emmanuel Macron est morte parce qu’elle n’était qu’un slogan qui a sombré au premier obstacle.

Pour lui redonner quelque chance de ressusciter, c’est sur une prise de conscience du pouvoir et le respect des contre-pouvoirs qu’il faudra la fonder.
Le projet de loi constitutionnelle n’en prenait pas le chemin.

Il est avorté, mais on attend toujours que le président reconnaisse son erreur et dialogue avec les citoyens au lieu d’appliquer ce qui a tué la participation électorale !

La logique du castor « Faire barrage » est en train de devenir la seule ligne politique des candidats aux élections.

Et cela a abouti à ce que la France atteigne 60% d’abstention.

Si « faire barrage » devient le seul rapport qui nous reste à la citoyenneté, alors cela devient vraiment inquiétant.

Alexandre Benalla sur une video, on le voit , déguisé en CRS, intervenir dans une manifestation pour frapper un homme.
L’affaire est grave, l’abus caractérisé, mais elle raconte aussi quelque chose d’inquiétant sur le pouvoir d’Emmanuel Macron !  Une excitation à s’encanailler bien peu jupiterienne et très dangereuse dans le message qu’elle envoie.

L’idée de l’émergence d’une voyoucratie où accéder au pouvoir, c’est atteindre le stade suprême de la prédation en toute impunité.

Ce qui est en cause ici n’est rien de moins que la démocratie.

Chez une partie de l’entourage du Président, la marque du pouvoir et de la puissance devient alors la liberté d’en abuser, sans jamais en rendre compte.

Or cumuler les avantages et les prébendes, en échappant aux responsabilités, c’est dominer toujours sans servir jamais.

C’est voir la puissance comme le droit à frapper et à humilier.

Les relations humaines comme une chaîne alimentaire dont il est essentiel d’occuper le sommet ! 

Puisque dans la représentation du monde de ces esprits tordus, si on n’a pas l’instinct du prédateur, on a un destin de proie.
Yassine Bellatar illustre déjà la tendance des favoris du Prince à s’extraire de toute obligation morale.

Son impunité étant garantie par une fraternité avec Emmanuel Macron, qu’il met en avant sans qu’elle ait jamais été démentie. 

L’homme se permet d’insulter et de menacer tous ceux qui contrarient son ego avec un langage et des manières de caïd.

Ce n’était déjà pas bien glorieux comme pratique du pouvoir, mais là un pas important a été franchi par un autre des collaborateurs du Président de la République.

Le fait de se faire passer pour un représentant des forces de l’ordre quand on n’est là que par la faveur du président est gravissime.

Mais manifestement, pour ses amis caïds, Emmanuel Macron a toutes les indulgences.

Alors que des manquements gravissimes ont été commis, Alexandre Benalla n’aura écopé que d’une sanction symbolique.

Quelques jours de suspension.

L’abus de pouvoir caractérisé sera même récompensé par une marque de faveur présidentielle.

Alexandre Benalla, l’homme était dans le bus des bleus qui a descendu les Champs-Élysées.
Là on est confondu par l’amateurisme dangereux du président.

Comment a-t-il pu lui échapper que, protéger des comportements aussi déviants et graves chez les hommes qui sont ses conseillers donnait l’image d’une République en train de se corrompre avec l’aide de celui qui a été élu pour la garantir.

Comment ne pas être effrayé par une tolérance étonnante ! 

Face à des comportements qui sont ceux de ceux qui font régner la terreur et le contrôle social dans les quartiers de non-droit !   Ils n’ont ni moral, ni mesures et usent de leur influence auprès des politiques pour exhiber autant leur corruption que leur impunité.

Des intouchables qui se construisent un royaume dont leur capacité de nuisance sont les bornes.

Comment accepter ici des comportements que l’on attendrait de nervis du FN et de fachos patentés et qui viennent de l’entourage présidentiel lui-même?
Sidérée par cette nouvelle histoire, je ne peux m’empêcher de penser à la fin d’Orange mécanique de Stanley Kubrick !  Quand le héros comprend que pour étouffer la nature des expériences auxquelles il aura été soumis, le politique lui offre l’impunité. S’ouvre alors pour lui un paradis de sexe, de violence et de sang, sous protection gouvernementale.

Espérons que cette histoire permettra de faire le ménage dans les coulisses d’un nouveau monde, qui à défaut de faire regretter l’ancien, semble en être la dégradation dans la continuation.

Journaliste CP